Evidence-based consensus on the clinical application of photobiomodulation
Maghfour J, Mineroff J, Ozog DM, Jagdeo J, Lim HW, Kohli I, Anderson R, Kelly KM, Mamalis A, Munavalli G, Cleber F, Siegel D, Geneva I, Weiss R, Morita A, Juanita A, Goldman MP, Arany PR, Sliney D, Ibrahimi OA, Chopp M, Esmat S, Tuner J. Evidence-based consensus on the clinical application of photobiomodulation.
J Am Acad Dermatol. 2025 Aug;93(2):429-443. doi: 10.1016/j.jaad.2025.04.031. Epub 2025 Apr 17. PMID: 40253006)
Ce travail collectif a pour objectif d’établir un consensus pour une utilisation sûre et efficace de la PBM. Il ambitionne de répondre aux questions suivantes :
1. Quelles sont les indications et les contre-indications de la photobiomodulation (PBM) ?
2. Quel est le principal mécanisme d'action de la PBM induite par la RL (lumière rouge) et par le NIR (proche IR) ?
3. Quels sont les paramètres clés à rapporter pour la PBM ?
4. Quelles sont les principales considérations de sécurité relatives à la PBM ?
L’idée initiale est portée par un groupe dermatologues (Maghfour J, Mineroff J, Jagdeo J,…) ayant souvent publié sur la PBM. Pour y parvenir un comité de pilotage de 8 membres a réalisé en 2022 une revue systématique de la littérature sur la PBM toutes spécialités confondues. La sélection a été faite selon les recommandations PRISMA (Preferred Reporting Items for Systematic reviews and Meta-Analyses) et l’évaluation de la qualité des publications par l’approche GRADE (Grading of Recommendations Assessment, Development and Evaluation).
62 experts ayant le plus grand nombre de publications dans le domaine ont été invités à participer en priorité à un groupe de réflexion sur la PBM conformément à la méthode Delphi et finalement un panel international multidisciplinaire de 21 experts reconnus pour leur expertise clinique et scientifique, et leur notoriété a été constitué.
La base de données a été gérée via Google Forms (préservant l’anonymat et permettant le traitement du contenu par les participants). Des délibérations ont permis d’établir une liste de thèmes pertinents pour la PBM et de recommandations qui ont pu être révisées et affinées au cours de 2 tours de sondages Delphi et de 2 réunions de consensus virtuelles (mai 2023).
Les participants ont été invités à classer indépendamment des affirmations à l'aide d'une échelle de Likert à 7 points (« tout à fait d'accord », « d'accord », « neutre », « pas d'accord », « pas du tout d'accord » et « je préfère ne pas répondre, car cela ne relève pas de mon domaine de compétences ») et ils pouvaient aussi saisir leurs propres réponses en texte libre. Le consensus a été défini comme un taux d'accord ou de désaccord supérieur ou égal à 80 %.
63 propositions initiales + 2 supplémentaires formulées par des participants ont été étudiées. Au final, sur 38 assertions retenues, seuls 12 énoncés ont fait l’objet d’un consensus unanime. Pour certains d’entre eux et pour plus de clarté je ferai des commentaires au fur et à mesure.
Cette analyse va donc être assez longue puisqu’il est impératif que chaque proposition consensuelle soit exposée et discutée.
Consensus 1 : définition de la photobiomodulation.
1. La PBM est une forme de photothérapie utilisant des sources lumineuses non ionisantes, notamment les lasers, les LED et la lumière à large bande dans le spectre visible (400-700 nm) et le proche infrarouge (700-1100 nm)
2. La lumière rouge (600-700 nm) et la lumière proche infrarouge (780-1100 nm) sont les longueurs d'onde les plus couramment utilisées en PBM.
Consensus 2 : mécanisme d'action de la photobiomodulation.
1. Le complexe du cytochrome oxydase (CCO) est le principal, mais non le seul, photorécepteur et transducteur biologique des signaux activés par la lumière dans les régions rouge et proche infrarouge du spectre. Via son impact sur le CCO, la PBM améliore la production d'adénosine triphosphate (ATP).
2. La PBM peut avoir un effet stimulant ou inhibiteur, principalement en fonction des paramètres utilisés. Les fluences faibles sont généralement associées à une stimulation et les fluences élevées à une inhibition.
Nb. Dommage d’avoir fait l’impasse sur les autres cibles (canaux ioniques, opsines…) et de s’être cantonné au Rouge et NIR en excluant les basses longueurs d’onde du spectre visible.
Consensus 3 : Paramètres de photobiomodulation.
1. Il est fait acte de l’hétérogénéité observée dans le rapport des paramètres de la PBM au sein des publications incluses.
La mesure et la précision des paramètres de la PBM dans les publications est jugée essentielle et les experts précisent les paramètres à renseigner : fluence (J/cm²), distance entre la source lumineuse et la zone cible, longueur d'onde, irradiation (mesurée en minutes/secondes), surface du faisceau/taille du spot, la durée du traitement et la fréquence des séances.
Nb ; j’ai trouvé étonnant qu’on mesure l’irradiation en « minutes/secondes » ce qui à priori est l’expression de la durée de la séance. Par contre, la puissance (exprimée en W/s) ou l’irradiance (en W/cm²) non citées me paraissent être des données importantes à préciser.
Consensus 4 : sécurité de la photobiomodulation.
1. La PBM est une option thérapeutique sûre lorsqu'elle est utilisée conformément aux instructions
2. en l’absence de données bibliographique, la sécurité de la PBM chez les enfants et les adolescents de moins de 18 ans n’est pas établie, et les experts conseillent de réserver la PBM aux adultes.
3. Les dimères de pyrimidine (sous-produits associés aux altérations de l’ADN par les UV et la lumière bleue au cours du photovieillissement ne sont pas générés par la lumière « rouge » même à très forte fluence.
4. Les données sur la sécurité oculaire étant insuffisantes, le port de protections oculaires adaptées à la longueur d'onde est recommandé lors d'un traitement par PBM.
5. la lumière bleue peut provoquer une photosensibilité et exacerber certaines photodermatoses. Par sécurité, le « rouge » doit être utilisée avec prudence chez les patients ayant des antécédents de photosensibilité ou de photodermatoses.
Nb.
– Il y a eu des études sur les mucites iatrogènes chez les enfants et il parait indispensable de peser le rapport bénéfice/risque de la PBM chez les enfants. Faire du jeune âge une contrindication est une mesure excessive.
– Duteil en 2014 a montré que le violet 415 nm (bleu par abus de langage) à forte doses 87.5J/cm induit chez les sujets mats de peau une pigmentation plus intense et plus prolongée que les UV et que ce phénomène ne serait pas consécutif à un stress oxydatif comme c’est le cas pour les UV. Les UVB induisent une nécrose significative des kératinocytes et une forte augmentation de l'expression de p53 ; ces effets sont significativement moins marqués avec l'irradiation bleu-violet mais existent. Il est évident qu’un principe de précaution s’impose pour utiliser le « bleu » à bon escient. Mais il ne faut pas perdre de vue que le bleu peut parfois se substituer aux UV (ou à des traitements allopathiques) pour certaines indications avec efficacité et moins de risques.
– concernant le risque de photosensibilité ou de pathologies photo-aggravées, il est majoritairement lié aux UV ; cependant des cas bien documentés existent (par exemple un cas d’urticaire solaire induit par 415nm rapporté par l’équipe de Thierry Passeron JAAD 2014). Donc même si ces phénomènes sont rares (ou peut-être pour certains anodins et non publiés), il faut rechercher des facteurs de risque et là encore peser le rapport bénéfice/risque.
Consensus 5 : Effets secondaires de la photobiomodulation.
Généralement bénins, temporaires et transitoires, et dépendant parfois du phototype
Effets secondaires graves notés, brûlures, cicatrices, septicémie, cancérogenèse et décès.
Nb. Les brûlures sont généralement consécutives à une méconnaissance ou un mésusage avec des paramètres trop élevés. Aucune référence n’étaye la notification de ces effets secondaires gravissimes évoqués ni aucun bémol sur l’imputation à la PBM… Cela me parait être de l’ordre de la pure spéculation
Consensus 6 : Application clinique de la photobiomodulation pour les affections musculo-squelettiques (Niveau de preuve : IV).
Selon la dose délivrée, la PBM peut avoir des effets inhibiteurs ou stimulants sur la performance et la fatigue des muscles squelettiques mais publications de faible qualité nécessitant des études complémentaires de bonne qualité.
Nb. 1 seul contributeur en physiothérapie. Il manque à l’évidence des experts en traumatologie et rhumatologie, kinésithérapeutes pour une analyse sérieuse de ce versant thérapeutique
Consensus 7 : application clinique de la photobiomodulation pour les troubles cognitifs et neurodégénératifs (niveau de preuve IB).
Des références bibliographiques ont été fournies sur de multiples indications potentielles
– traitement des affections du système nerveux périphérique, neuropathie périphérique, lésions nerveuses traumatiques, récupération postopératoire, atteinte iatrogène, hyperactivité vésicale, polyneuropathie sensitivomotrice diabétique, névralgie post-zostérienne, hypersensibilité baroréflexe et les complications post-AVC, telles que le syndrome épaule-main, la douleur et l'hyperactivité musculaire spastique.
– traitement des affections du système nerveux central, notamment les lésions médullaires, AVC ischémique aigu et récupération post-AVC.
– troubles cognitifs, notamment l’attention
– Aucun consensus pour l’amélioration des performances cognitives après un traumatisme crânien, la mémoire et la dépression, les démences, les migraines chroniques, les syndromes post-traumatiques ; la maladie de Parkinson et la maladie d’Alzheimer avec nécessité de poursuivre les recherches.
– la neuropathie périphérique était la seule affection du système nerveux pour laquelle un consensus a été atteint
Nb. Il y a une discordance entre le texte (Consensus uniquement pour les neuropathies périphériques) et le tableau de synthèse (où les atteintes cognitives et neurodégénératives ont un indice de preuve IB). Il n’y avait qu’un seul neurologue dans le panel des experts ce qui est nettement insuffisant pour balayer l’ensemble des applications citées et analyser correctement ce versant très prometteur de la PBM.
Consensus 8 : application clinique de la photobiomodulation pour la cicatrisation des plaies (niveau de preuve, IB).
1. La PBM peut accélérer la cicatrisation des plaies et peut être proposée comme traitement adjuvant des plaies d'étiologies diverses
2. La PBM est un traitement adjuvant efficace pour les brûlures modérées à graves
Consensus 9 : Application clinique de la photobiomodulation pour les ulcères (niveau de preuve IA et IB).
1. La PBM peut être utilisée comme traitement adjuvant de la douleur liée aux ulcères du pied diabétique
2. La PBM peut être envisagée comme traitement adjuvant des escarres.
Nb. Il est surprenant de proposer la PBM uniquement pour la gestion de la douleur des MPP alors que des études contrôlées ont montré une accélération de la cicatrisation et une prévention des complications (infections et nécroses)
Consensus 10 : Application clinique de la photobiomodulation pour l'alopécie (niveau de preuve IA).
La PBM peut être efficace pour favoriser la repousse des cheveux en cas d'alopécie androgénique
Datas insuffisantes pour la pelade.
Consensus 11 : application clinique de la photobiomodulation pour la radiodermite (niveau de preuve 1A). La PBM peut réduire l'incidence et la gravité de la radiodermite aiguë
Consensus 12 : application clinique de la photobiomodulation en dermatologie esthétique (niveau de preuve IB). La PBM peut améliorer l'aspect esthétique des cicatrices et La PBM peut être utilisée pour le rajeunissement cutané
Commentaires
La démarche est intéressante et permet de faire une synthèse des points validés par ce comité d’experts concernant la PBM.
On retiendra un niveau d’évidence IA pour les maux perforants plantaires, l’alopécie androgénétique et les radiodermites, un niveau IB pour les la cicatrisation des plaies, les brulures, les escarres, certaines indications neurologiques, l’amélioration des cicatrices et la réjuvénation cutanée, un niveau de preuve IV pour les indications musculo-squelettiques.
Il est surprenant que les mucites iatrogènes liées aux traitements anticancéreux n’aient pas été nommément citées vu leur fort indice de preuve même si on peut supposer qu’elles aient été incluses dans la cicatrisation des plaies.
Très souvent, les paramètres utilisés manquent, sont incomplets ou varient selon les publications rendant difficile la comparaison entre les études et leur transposition en pratique clinique. Sans surprise, le comité d’expert préconise de préciser de façon exhaustive les paramètres de la PBM.
Plusieurs failles sont à signaler dans cette publication
– Les auteurs se sont focalisés uniquement sur le rouge et le proche infrarouge. C’était déjà le cas en 2023 (Mineroff JAAD) où leurs conclusions étaient à peu près similaires.
La non-prise en considération des effets bénéfiques des autres longueurs d’onde est une lacune importante pour apprécier l’ensemble des potentialités de la PBM. Ainsi, le psoriasis ou l’acné auraient pu être évalués.
– Certaines indications n’ont probablement pas été explorées en raison du manque de représentation de certaines spécialités médicales au sein du groupe d’experts. Plus de la moitié étaient dermatologues, un seul neurologue, un seul gériatre, aucun cancérologue, aucun chirurgien, 2 dentistes mais aucun ORL/stomato, aucun algologue…
Pour conclure, cette publication met en lumière les connaissances actuelles sur la PBM, notamment son mécanisme et ses indications, et conseille de renseigner correctement les paramètres pour les futures publications. Elle valide le fait que la PBM est une procédure efficace et bien tolérée.
On perçoit aussi l’étendue de ce qui reste à faire pour obtenir des guide-lines validées pour les indications énumérées (ou pas) dans ce travail.
Actuellement, des groupes de travail ambitionnent de monter des études contrôlées rigoureuses pour valider de façon incontestable l’intérêt de la PBM dans différents domaines dermatologiques ou extra-cutanés et déterminer les paramètres optimaux à utiliser. Ceci est essentiel pour que la PBM soit officiellement reconnue comme une modalité thérapeutique et puisse être utilisée largement.